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Art de vivre, Arts visuels

Rencontre avec le Chezel Shop: petit traité sur la mode par le vintage

J’ai rencontré Tony et Yuko de la boutique Chezel, une devanture discrète pour un lieu pointu, un accueil chaleureux, de bons conseils, et l’assurance de pouvoir peaufiner son style en toute confiance et d’affiner son regard en un clin d’œil.

Comment chinez-vous les pièces de votre boutique?

Yuko: Nous pouvons trouver quelques pièces chez Zara ou H&M, mais c’est compliqué de trouver des pièces 100% coton ou en soie, et surtout de trouver des choses comme avant.

– Vous avez une sélection très pointue dans les couleurs, les coupes et les matières. Comment faites-vous?

Yuko: Nous changeons la décoration de la boutique régulièrement et nous recevons chaque semaine des nouveautés, si les couleurs ou les styles ne correspondent pas avec l’ensemble, nous ne les exposons pas. – Mais où trouvez-vous les pièces? Partout, on achète à des particuliers, en France, au Japon, en Italie, nous achetons en ligne pour les États-Unis.

– Et ces petits bijoux de créatrice, d’où viennent-ils?

Yuko: C’est une créatrice japonaise qui vend seulement ici et sur son site internet, qui s’appelle Sonehara Yuko (O410).

Tony: Vous savez aujourd’hui, les plus belles pièces de vintage sont en Europe, après nous avons beaucoup de pièces qui viennent du Japon ou d’Italie. Les Japonais sont très friands de la mode française! Ici nous faisons surtout du Made in France et du Made in Italy, parfois cela peut venir de Chine, quand ce sont de belles matières, mais c’est très rare. Après, ce n’est pas la marque que l’on recherche. Nous avons eu un gros stock de marques, destock vintage, qui est épuisé. Mais comme l’économie a subi une vraie, la clientèle n’avait plus les moyens de s’offrir de belles robes à 2000 ou 3000€, nous étions au Printemps Haussmann en 2007-2008, nous avions une boutique vintage exclusive Yves Saint Laurent, aujourd’hui le monde change, l’économie est en train de changer, la mode change aussi donc nous essayons de nous adapter. Aujourd’hui nous vendons un vintage accessible mais toujours très jolis avec essentiellement des matières naturels. Après, il peut y avoir du synthétique dans un petit haut mignon, ou un foulard avec un joli imprimé. Nous privilégions la qualité plutôt que la marque. Nous avons beaucoup de stylistes qui viennent ici pour avoir un coup de cœur, pour s’inspirer pour leurs saisons. Nous travaillons aussi beaucoup avec nos voisins, c’est vrai que le quartier du 9ème est assez riche, la clientèle est très variée, des professions libérales, des étudiants, des gens plus simples, cela fait dix ans que nous sommes ici. Le vintage est réapparu vers 1996.

– Mais vous n’êtes pas seulement vintage, c’est aussi très contemporain.

Tony: Oui, j’ai ramené par exemple du Japon du Tsumori Chisato, il y a trois ans, j’étais la première boutique à Paris à le faire, mais je vendais  des pièces pas forcément chères mais des choses de qualité, comme des robes en soie que j’achetais directement au Japon. J’avais eu la possibilité d’acheter directement au stock grâce à un contact personnel, ce qui me permettait de revendre à bas prix en France. On avait également un gros stock de bottes dégriffées mais ce n’est pas évident aujourd’hui, la mode a changé. Avec la crise, les gens veulent du neuf, pas trop cher, le bling-bling est déjà fini, la folie Chanel des dernières années est en train de décliner. Aujourd’hui les gens ne veulent pas de la marque mais sont sensibles à la qualité, la matière, le retour au savoir-faire.

Je travaille aussi en Tunisie en ce moment, je m’intéresse également à l’alimentaire et cela me permet d’allier les deux, et c’est intéressant car la fripe qui part d’Italie passe par Tunis et va ensuite en Afrique. D’ailleurs, les stylistes africains font leur fashion week à Londres, et dans leurs créations ils travaillent beaucoup les boubous africains, alors qu’à Tunis la mode est très occidentale avec beaucoup d’inspiration de l’Europe mais aussi avec un mélange de djellabas, de soie, de sequins, etc. et il y a aussi la fashion week au Maroc avec les kaftans, mais c’est décalé, avec un côté amusant, par rapport à la mode française. Nous avons les chapeaux, les gants et mitaines, les corsets, mais cela n’existe plus aujourd’hui. Les chapeaux c’était Paris avant, mais maintenant cela se perd, alors qu’au Japon ils portent beaucoup de chapeaux. Puis les boutiques se font rares, on en trouve encore rue Saint Honoré, il y a la Maison Michel, Philip Treacy rue Tiquetonne, et des marques italiennes.

Avec Yuko nous achetons un peu partout. En Tunisie nous venons de trouver de jolis tissus pour cet été, puis nous allons au Japon essentiellement, car il y a beaucoup de marques françaises, en Italie et puis surtout en France où nous pouvons trouver encore beaucoup de stocks.

– Alors, vous n’êtes ni un dépôt-vente, ni une friperie et vous êtes très actuel.

Tony: Oui, nous avons une direction d’achat et ne suivons pas forcément la tendance. Par exemple, la créatrice de bijoux avec qui nous travaillons a une vraie créativité, elle a commencé par retravailler des pièces vintage et aujourd’hui se lance dans l’or et les pierres fines. Nous avons de fait des collections dans le style d’Aurélie Biderman avec des pièces vintage, et des designers s’en sont inspirés, mais au début nous mélangions des styles par nous-mêmes, c’était il y a quatre ou cinq ans. Mais cela fait partie du jeu, nous achetons vintage, donc si les designers achètent et s’en inspirent, c’est normal. En revanche ce qui est rageant ce sont ceux qui piquent les idées sans participer à l’effort commercial.

Après, avec la crise, nous avons un peu baissé nos prix, nous allons moins faire de chaussures vintage et nous concentrer plus sur de belles pièces et faire un peu de neuf, car en Italie il y a un vrai savoir-faire de chaussures. Par contre ils n’ont pas de goût au niveau du style, la mode pure est vraiment française et non italienne. Les Italiens viennent acheter le vintage en France alors que je vais moi-même la chercher en Italie, les Japonais viennent à Paris et les Français aiment aller au Japon,  c’est très bizarre! Après cela dépend de la direction que l’on recherche. Les Françaises aiment la mode japonaise et son côté décadent, alors que les Japonaises adorent le style retro français avec les Repetto, le petit sac Chanel, le chemisier blanc, un petit foulard, un style très simple mais qui attire toutes les Japonaises! Alors que pour nous c’est un standard, même si cela se perd un peu. – Qu’avez-vous fait avant? Car vous avez un regard particulier. Tony: J’ai monté une marque avec mon frère, et j’ai eu la chance d’être Parisien, de grandir ici et de bercer dans un milieu de designers, de musiciens, etc. J’avais un ami qui était chez Charlie Hebdo quand c’était encore un peu punk, et à cette époque il y avait de vraies discussions sur la mode et la musique, c’est le début de Daft Punk et de la musique électro. Nous avons donc hérité de plein de choses. Aujourd’hui il y a un vrai ras-le-bol car tout est banalisé, il y a trop de modes, nous n’avons plus de repères.

2015-03-19 18.18.56 – Oui, et quand on voit H&M qui propose des nouveautés tous les mois et qui ne durent pas…

Tony: Exactement, et l’industrie du textile devrait faire de vraies collections, moins faire de vêtements mais avoir une ligne plus performante, vendre ce qui sera commandé et éviter d’avoir des stocks qui ne servent à rien. Nous ramenons des tissus du monde entier, et en plus de n’être pas écologique, au lieu de se tenir à une commande de 18 000 pièces, ils en produisent 50 000.

Pour moi John Galliano est un vrai génie car il ne fait pas une collection pour la vendre, il la fait car il est un artiste, sa démarche est donc différente, il crée car il va bousculer la mode. Quand tu es un créateur tu te dois de faire rêver les gens!

– Li Edelkoort (prêtresse hollandaise des tendances) a dit, durant la dernière fashion week, que la mode était morte, que l’industrie de la mode était « une ridicule et pathétique parodie de ce qu’elle a été ».

Tony: En fait le cycle des modes passe trois fois, on l’a déjà fait avec les années 1980, les années 1960 sont passées une seule fois, les années 1950 c’était l’été dernier, il y a aussi un retour au burlesque. Et surtout, à Paris les gens ne sont pas libres de s’habiller comme ils veulent, il y a un vrai diktat de la mode. Les gens ne peuvent pas être jazzman, punk, hiphop, il y a une personne et en elle il y a une schizophrénie, tout le monde a dix styles, il n’y a plus d’identité vestimentaire. Les gens qui travaillent dans la mode sont tout et rien en même temps.

– Oui, ils veulent mélanger les extrêmes.

Tony: Exactement, et on voit peu de gens dans la rue avec un vrai style. A Tokyo ils sont peut-être trop extravagants et cela fait partie de leur culture, mais dans certaines villes on peut s’arrêter toutes les cinq minutes! En Australie, à Londres… ils s’amusent, car s’habiller c’est aussi un jeu. 2015-03-19 18.18.17 – C’est vrai qu’à Paris nous avons moins cette liberté, il y a des étiquettes, il y a les hipsters…

Tony: Oui, les hipsters c’est intéressant s’il y a la personnalité qui va avec, sinon cela fait carapace. Ici quand des gens viennent acheter des pièces avec leur histoire, parce qu’ils vont les porter, c’est génial. Parfois des gens du cinéma viennent acheter plusieurs pièces mais il faudrait qu’ils en achètent peu et qu’elles aillent vraiment à l’actrice, sinon vous ne savez pas et vous êtes mauvais. Nous sommes en plein dans cette période, sans grande personnalité. Ce n’est pas évident. Mais il y a encore de belles boutiques de vintage, comme Chez Mamie, rue de Rochechouart, c’est très fifties, mais je trouve qu’il y a trop de vêtements… Et nous, nous restons car nous y croyons, et nous sommes très en lien avec le quartier, beaucoup de touristes passent également.

– En tout cas, on aime votre côté très actuel, le vintage qui se marie avec l’époque, la sélection unique et de qualité, c’est inspirant et appréciable, merci!

Chezel Vintage select shop

59 rue Condorcet 75009 Paris

Mardi – Vendredi 12h – 19h30

Samedi 11h30 – 19h30

À propos de blendedartvision

Aime piocher dans la musique, me projeter dans des films, le partager, explorer des cultures, y apprendre des sens et apprécier ce qui est beau...

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