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Cinéma, Etudes

Blow Up Your Cinema

Blow Up de Arte,  pour commencer, car ce blog tranche dans l’histoire du cinéma avec un nouvel œil, de biais; on y découvre des liens nouveaux entre les films et les réalisateurs, des fils et des échos brassés dans le vif du corps cinématographique. Et parce que c’est un magazine numérique consacré au cinéma, simple, ambitieux, intelligent, joliment fait et subtilement décalé.

Blow-up-logo

Blow Up, du grand Antonioni, parce que c’est l’histoire d’un photographe qu’on accompagne et avec qui on réapprend la photo, qui nous fait voir d’un regard neuf la réalité de la fiction, l’abîme de l’image photographique, le doute soudain d’une vérité qu’on croyait sûre. Et ce qu’on aime c’est qu’on ne nous explique pas, les dialogues sont épurés, le suggestif est ailleurs, la succession des plans assure son rôle efficacement pour donner sens à la fiction. Ni trop peu, ni pas assez…

Blow up, pour pousser un peu la voix sur la qualité des films que l’on nous donne à respecter, que ce soit dans les critiques journalistiques ou dans les prix des festivals. Parfois on aimerait remettre en question l’intention de certains réalisateurs à faire des films… Quoiqu’il en soit, de bonnes vieilles recettes nous viennent aux lèvres pour ce qui nous ferait écouter une histoire en images et l’apprécier: un bon scénario, de bons acteurs, une temporalité efficace, des dialogues justes, une certaine poétique, un humour subtile, et une forme d’engagement, que ce soit dans le genre ou dans le propos. Finalement, je crois que c’est cela l’important, pour ne pas que l’on se sente dupé en quittant la salle… une forme de sincérité.

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Blow up, pour faire sauter les frontières des formats cinématographiques et accepter certaines séries TV, aux qualités évidentes, comme de petites pièces du 7ème art. Elles nous gardent en haleine par leur format court et extensible, et traitent leurs sujets en profondeur, ce qui crée un attachement particulier. Elles pourraient donc trouver leurs lettres de noblesse dans les salles à condition de rencontrer un public patient et passionné capable de suivre un rythme lent tel que le propose la diffusion télévisée. Un tarif préférentiel à l’entrée? Une double diffusion d’épisodes? Quoiqu’il en soit, je pense à The Wire, véritable fresque sociale, traitement rare pour une série présentée comme policière dans la banlieue de Baltimore (et qui mériterait son propre article) Je pense aussi à Damages qui révèle les rouages pervers d’un cabinet d’avocats aux États-Unis. La finesse, l’étoffe et l’évolution psychologique des personnes dans un scénario subtile fait la richesse de ces histoires, telles qu’on les retrouveraient dans un bon roman. Et évidemment aussi aux Sopranos, à True Detective plus récemment, à Treme, qui surfe sur l’actualité à la Nouvelle-Orléans en entremêlant le scénario à l’histoire et au battement musicale de la ville, toujours par le brillant David Simon, et à tant d’autres séries sincères qui ont l’étoffe de bons romans.

Blow Up, entre la fiction et le documentaire, parce qu’au-delà des histoires vraies adaptées au cinéma, de malins réalisateurs ont préféré mêler le réel à la fiction, comme si notre époque nous obligeait à repenser l’histoire racontée. La vraie vie est une fiction? Servons-nous en, se disent-ils, et cela fonctionne! Mais la sauce ne prend que si la distance au réel est respectée, il faut s’écarter juste ce qu’il faut du vivant pour pouvoir l’observer et le mettre en scène pour le transmettre en histoire, l’attention est plus grande ainsi.

blowup1

David Hemmings

Et pour le plaisir, je vous mets ici un extrait de Claude Sautet,  très à propos:

« Antonioni et Godard sont les deux qui ont révolutionné le cinéma. Antonioni entre dans des zones de récit que personne n’avait abordées. Avec les trois premiers quarts d’heure de L’avventura, la fin de Blow Up et le début de Profession : reporter, Antonioni a fait des choses avec des éléments dont on ne se servait pas. C’est comme Jeux de Debussy : il crée des tensions, on croit qu’il y a un sujet centré sur un personnage, et puis celui qui devrait être l’objet disparaît. Antonioni est un peintre, il a (comme Fellini) une culture graphique très forte, ça le distingue de la plupart des autres cinéastes. Il n’y a pas d’invention d’ordre pictural, graphique, chez Visconti, alors que chez Antonioni et Fellini c’est très net, bien qu’ils soient complètement différents. Et puis, Antonioni est tout de même le premier qui a traité le problème de la non-communication. Dans ses films, l’homme n’est pas actif, il est complexé par rapport à l’activité sentimentale, sensuelle, créatrice de la femme. »

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Adapter notre regard, oui, mais sans naïveté, toujours exiger une forme de vérité…

À propos de blendedartvision

Aime piocher dans la musique, me projeter dans des films, le partager, explorer des cultures, y apprendre des sens et apprécier ce qui est beau...

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